Le Corbusier-Cité Radieuse Marseille

VIVRE AVEC LE CORBUSIER

On célèbre cette année les 50 ans de la disparition de Le Corbusier. Designer et artiste, mais surtout architecte-star encensé par les uns et détesté par les autres. Aujourd’hui encore, Le Corbusier a autant de détracteurs que d’admirateurs. Pour vous forger votre propre opinion, une solution : louez pour quelques jours un appartement à la Cité radieuse de Marseille.

La Cité radieuse est la première des cinq « Unités d’habitation » construites par Le Corbusier. Achevée en 1952, elle représente l’aboutissement de ses recherches sur l’habitat et sur l’architecture moderne. Après Marseille, ce sera Rezé (1955), puis Berlin (1959), Briey-en-Forêt (1961) et Firminy (1964).

L’histoire : en 1946, à la fin de la deuxième guerre mondiale, une partie de Marseille est détruite. L’état français confie à l’architecte la construction d’un grand immeuble pour reloger des sinistrés, notamment des employés municipaux. Le Corbusier imagine une « cité-jardin verticale », en opposition aux constructions pavillonnaires. Le quartier du Boulevard Michelet étant un peu excentré à l’époque, le principe est que les habitants puissent trouver de nombreux services dans l’immeuble : des commerces, une bibliothèque, une salle de sport, une petite piscine et une école maternelle.

Le Corbusier-Cité Radieuse Marseille-pilotis

Les pilotis

Le concept est très innovant, donc compliqué… Le budget va exploser et la construction va prendre beaucoup plus de temps que prévu : cinq ans au lieu d’un an. Car Le Corbusier n’a jamais réalisé un projet de cette ampleur, et il va rencontrer des problèmes techniques. Il va aussi subir l’opposition des architectes conservateurs qui affirment que les habitants développeront des maladies mentales en vivant dans ce bâtiment ! La Cité radieuse sera baptisée « La maison du fada » par les marseillais…

Le Hall d'entrée

Le Hall d’entrée

Bref, la Cité radieuse n’est donc livrée qu’en 1952. Elle repose sur une structure en béton armé montée sur pilotis et abrite des « rues intérieures » qui desservent les appartements en duplex et les services. La « 3ème rue » est la rue des services avec quelques commerces : boulangerie-pâtisserie, épicerie, librairie… mais le supermarché a disparu, dommage. Ah oui, il y a aussi 21 chambres d’hôtel et un bon restaurant : « Le ventre de l’architecte » !

Une partie de la 3ème rue, qui abrite les commerces

Une partie de la 3ème rue, qui abrite les commerces

Le hall d’accueil, le toit-terrasse qui abrite une école maternelle et les jardins sont des espaces dédiés à la vie en collectivité et qui participent à faire de cet immeuble un vrai lieu de vie. Depuis quelques années, le toit-terrasse accueille aussi le MaMo (en lieu et place de l’ancien gymnase), un centre d’art contemporain géré par le designer Ora-Ito.

De larges couloirs appelés "rues"

De larges couloirs appelés « rues »

A l’intérieur comme à l’extérieur de l’édifice, l’architecte a mis en place un superbe jeu de couleurs à partir des couleurs primaires qui recouvrent l’intérieur des balcons et les portes des appartements. Les 337 appartements de l’immeuble vont du studio au 5 pièces et permettent de loger 1600 habitants. Pensés à partir de la mesure du Modulor, une silhouette humaine dont les proportions s’inspirent du nombre d’or, les espaces des appartements sont adaptés au corps humain et offrent un grand confort, avec des aménagements très innovants pour l’époque. Tout a été conçu pour faciliter la vie quotidienne des habitants :

  • cuisines « à l’américaine »
  • grandes baies vitrés
  • double vitrage
  • brise-soleil
  • isolation phonique et thermique
  • cloisons coulissantes.
Le Corbusier et une ébauche du Modulor

Le Corbusier et une ébauche du Modulor

Des rangements conçus par Charlotte Perriand

Des rangements conçus par Charlotte Perriand

J’ai visité un appartement-type de la Cité radieuse, resté « dans son jus ». C’est un duplex de 96 m² avec double orientation est-ouest. Le premier niveau comporte une entrée, une innovante cuisine intégrée (conçue par Charlotte Perriand) ouverte sur un espace à vivre qui donne sur un balcon en béton ajouré. On accède au niveau supérieur par un magnifique escalier en métal et bois signé Jean Prouvé. Il comprend 3 chambres et 2 salles d’eau. La chambre des parents est assez carrée et donne en mezzanine sur le salon. A l’opposé, les deux chambres d’enfants sont étroites et longues et séparées par une cloison. En ouvrant celle-ci, les enfants peuvent jouer ensemble dans une grande chambre. Les pièces ne sont pas très spacieuses (notamment le séjour) mais on s’y sent très bien, comme dans un cocon, une « villa-bateau ».

Les chambres d'enfants sont séparées par une cloison

Les chambres d’enfants sont séparées par une cloison

 

Le Corbusier devant un dessin de la Cité radieuse

Le Corbusier devant un dessin de la Cité radieuse

Les détracteurs de Le Corbusier le critiquent souvent pour son côté « froid » et brutal, car il a toujours privilégié le béton et le dépouillement. Ce n’est pourtant pas le sentiment que j’ai eu en visitant la Cité radieuse. Dans les espaces publics comme à l’intérieur des appartements, je la trouve chaleureuse, conviviale et vivante. Lors de ma visite, j’ai eu l’occasion d’échanger avec quelques habitants de la Cité. Ils m’ont tous dit s’y sentir très bien et ne veulent pas quitter ce « village vertical », un incroyable paquebot de béton devenu monument historique ! La meilleure des réponses aux détracteurs de Le Corbusier.

Un studio à louer

Un studio à louer

Alors oui, Le Corbusier était un homme complexe. Propagateur du Mouvement Moderne, théoricien de « l’Esprit Nouveau », brillant, parfois trop conceptuel, utopiste, rigide, à la fois humaniste et extrémiste… un « poète de l’angle droit », et sans aucun doute l’un des architectes les plus influents du 20ème siècle. Même s’il a commis des erreurs et même si les Unités d’habitation n’ont pas toujours tenu leur promesse de vie communautaire, la plupart des maisons et les immeubles qu’il a construit des années 20 aux années 50 restent des références. Et au-delà de l’architecture, il a aussi conçu avec Charlotte Perriand une série de meubles innovants qui sont aujourd’hui encore des best-sellers mondiaux édités par Cassina… J’ai d’ailleurs consacré un article au fauteuil LC2 et une « fiche produit » au LC2 Villa Church.

Le séjour d'un appartement, avec l'escalier de Jean Prouvé menant aux 3 chambres

Le séjour d’un appartement, avec l’escalier de Jean Prouvé menant aux 3 chambres

Réflexion en forme de coup de gueule de Daniel Buren, interviewé l’année dernière par Télérama dans le cadre d’une installation qu’il réalisait sur le toit-terrasse : « J‘ai toujours considéré qu’il était l’un des plus grands architectes du XXe siècle, mais je n’avais jamais espéré travailler sur une de ses constructions. Le plus étonnant, ici, c’est l’intelligence de ce building. La rue intérieure, le restaurant, l’hôtel… Il y a plein de choses ici qui sont terriblement innovantes, au-delà de l’esthétique, qui est déjà très spéciale. Mais ce que j’apprécie le plus, c’est le fait d’avoir imaginé un lieu où les habitants peuvent venir se reposer, courir, se rencontrer, danser, sur leur propre toit. C’est génial car les gens qui viennent ici finissent par se connaître. C’est une idée qu’on devrait utiliser dans tous les HLM de France et de Navarre ! Tellement simple et évidente qu’on se demande si les gens ne sont pas stupides ou aveugles de ne pas l’avoir déclinée ailleurs. Les crétins ont cru suivre les idées de Le Corbusier en faisant des barres insipides… Mais personne n’a vraiment utilisé sa pensée pour des HLM. C’est ce qui me touche le plus dans la Cité radieuse : l’intelligence de ce lieu qui aurait pu servir de modèle et qui a été totalement ignorée. »

L'installation de Daniel Buren sur le toit-terrasse, en été 2014

L’installation de Daniel Buren sur le toit-terrasse, en été 2014

Parmi la vingtaine de logements proposés à la location saisonnière, j’ai retenu sur airbnb deux appartements qui appartiennent à Sandra, une architecte habitant depuis plus de 20 ans à la Cité radieuse. Ils ne sont pas les moins chers mais les plus beaux et respecteux de l’esprit du lieu… pour vous permettre de vivre au mieux cette « expérience Le Corbusier » :

Une belle alternative pour ceux qui préfèrent l’hôtel ou ne rester qu’une nuit : toute une gamme de chambres à l’hôtel Le Corbusier, de 79€ pour une chambre simple à 158€ pour une suite : http://www.hotellecorbusier.com

Hotel-Le-Corbusier




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