Roland_Garros_1910

LE FEUILLETON DE ROLAND-GARROS

Comme chaque année, Roland-Garros est un succès. JW Tsonga s’est qualifié pour les demi-finales, mais tel un nuage dans ce ciel bleu, une tôle de couverture d’un panneau de score s’est décrochée, blessant 3 spectateurs. Un symbole, à l’heure où piétine le projet de modernisation du stade présenté en 2010. D’enquêtes publiques sérieuses en contre-études inutiles, de procès en recours, de querelles de voisinage en prises d’otages politiciennes, ce beau projet est devenu un parcours du combattant pour la Fédération Française de Tennis. Et un mauvais feuilleton préjudiciable à l’image de la France, en pleine « prévente » pour les J.O de 2024. Il est temps d’écrire « The End » !

RÉSUMÉ DES ÉPISODES PRÉCÉDENTS

Comment synthétiser en quelques phrases les 5 saisons d’un projet-feuilleton qui a connu tant de rebondissements… Prévu initialement pour 2016, le nouveau stade a commencé à prendre du retard en raison des recours des riverains et des associations de défense du patrimoine. Malgré les multiples embûches le projet a fait son chemin (de croix), recevant l’avis favorable de différentes commissions et du rapport d’enquête publique en novembre dernier. Un projet soutenu par les politiques de gauche comme de droite, au gouvernement comme à la mairie de Paris… Jusqu’à l’étrange revirement de la Ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, demandant il y a quelques mois contre toute attente une nouvelle étude, un enième rapport sur le projet alternatif porté par les associations (couverture de l’A13 et emprise sur le Bois de Boulogne). L’étude, rendue publique le 18 mai, invalide une nouvelle fois cette fausse « bonne idée »… Mais le 28 mai, une alliance entre les élus écologistes, la droite et le centre a mis en minorité la maire PS de Paris Anne Hidalgo au Conseil de Paris, tentant ainsi de bloquer le dossier, en attendant une hypothétique décision de Ségolène Royal, qu’on devine peu enclinte à satisfaire Anne Hidalgo. Malgré tous les avis favorables et un dossier exemplaire, la FFT est donc l’otage d’une politique politicienne lamentable. Il ne reste plus qu’à espérer un arbitrage rapide du Premier Ministre, favorable au projet, pour que puissent enfin débuter les travaux en septembre prochain.

Voici une infographie qui retrace les phases principales de validation du projet.

Roland-Garros infographie

L’HISTOIRE DE ROLAND

Le stade Roland-Garros a été construit en 1928, en seulement quelques mois, pour permettre aux fameux Mousquetaires du tennis français – Borotra, Brugnon, Cochet et Lacoste – de défendre la Coupe Davis, remportée un an plus tôt, en 1927, sur le sol américain. Ce lieu « sacré », qui allait devenir au fil des années le temple de la terre battue, a été également édifié pour accueillir les Internationaux de France dans un cadre à la hauteur de l’événement.

Je suis venu à « Roland » pour la première fois en 1976. Enfant émerveillé de croiser Björn Borg, Guillermo Vilas et d’autres stars du tennis dans les allées… j’ai en mémoire ce « Central » imposant, en béton brut, magnifique, entouré de quelques charmants « petits » courts au milieu des arbres. Le tournoi grandissant sans cesse en notoriété et fréquentation, le stade s’est adapté au fur et à mesure. Dans les années 80, il passe de 3 à près de 6 hectares, construit l’original « N°1 », 8 courts supplémentaires, des locaux pour les joueurs et la presse, le beau CNE (Centre National d’Entrainement)… Puis en 1994, le « Suzanne Lenglen » voit le jour et le stade s’étend désormais sur 8,6 hectares. D’autres aménagements moins visibles sont réalisés mais il est impossible de faire plus, et depuis plusieurs années le tournoi étouffe.

Roland-Garros 1954

L’ENJEU

Le « French Open » est le seul tournoi du Grand Chelem en centre ville, le seul stade urbain. Pour gagner des m2, faudrait-il pour autant l’exiler en banlieue ? Un temps envisagée, cette option n’a pas été retenue par la Fédération Française de Tennis pour plusieurs raisons : surcoût, patrimoine architectural, écologie, transport, philosophie… chacun de ces mots pourrait donner lieu à un chapitre supplémentaire mais cet article est déjà bien parti pour être le plus long de ce blog !

Roland-Garros n’est pas seulement un tournoi de tennis. C’est un événement mondial majeur diffusé (souvent en direct) dans 215 pays par 90 chaines de télévision. Avec 3 milliards de télespectateurs cumulés, c’est le tournoi le plus regardé au monde. Il participe de l’image (et donc du business) de la France dans le monde. Le statut « Grand Chelem » de Roland-Garros n’est pas pour autant une « garantie à vie », même si l’histoire, le patrimoine, la qualité de l’organisation et surtout l’âme unique du tournoi (en partie liée au lieu) le protègent provisoirement. A terme, Roland-Garros perdrait son statut si le stade ne s’adaptait pas aux nouveaux besoins.

Les enjeux économiques directs pour Paris et pour la France sont importants : Roland-Garros est le coeur de l’éco-système du tennis français, qui génère un C.A annuel de 2,2 milliards d’euros et 28.000 emplois qui accompagnent la pratique de plus d’un million de licenciés (1er sport individuel en France) et 3 millions de pratiquants. A lui seul, le tournoi implique directement 4.700 personnes et génère 280 millions d’euros pour l’agglomération parisienne. Sans compter les retombées indirectes. Enfin, le projet d’extension représente un investissement de plus 350 millions d’euros, entièrement financé par la FFT.

Roland-Garros plan

UN PROJET EXEMPLAIRE

Le projet est de faire passer la superficie du stade pendant le tournoi de 8,6 à 11,2 hectares. La nouvelle emprise comprend le stade existant, l’avenue Gordon-Bennett assurant la continuité entre le « triangle historique » et le Jardin des Serres d’Auteuil, ainsi que l’espace occupé par le projet dans le Jardin.

Le court plongé dans les Serres

L’extension dans les Serres d’Auteuil est au centre de la polémique. Les autres modifications du stade, notamment la couverture du « Philippe Chatrier » ont également été critiquées, mais c’est surtout le nouveau court de 5000 places dans les serres qui est au cœur du conflit. Les opposants au projet multiplient les interventions mensongères (« destruction des serres d’Auteuil ») alors qu’il s’agit du contraire : un geste architectural fort, à la hauteur du lieu, édifié à la place de serres techniques ne présentant aucun intérêt architectural, dans la partie sud-est du jardin botanique. Semi-enterré, ce court ne laissera apparaître aux visiteurs du jardin que les quatre serres entre lesquelles il sera enchâssé. Ces nouvelles serres, inspirées de l’architecture des serres historiques adjacentes de Formigé, seront en parfaite harmonie avec le jardin des Serres d’Auteuil et proposeront l’exploration, sur le thème des quatre continents, des collections qui y seront installées. Un projet qui fait partie intégrante du renouveau du jardin botanique de la Ville de Paris. La mise en valeur des serres de Formigé en sera décuplée : le monde entier va les découvrir grâce à Roland-Garros !

Roland-Garros serres

La Place des Mousquetaires devient un square ouvert au public

L’actuelle place des Mousquetaires, devenue trop exiguë, prend une nouvelle dimension dans le nouveau Roland-Garros. Réaménagée en une vaste esplanade verte de près d’un hectare (grâce à la suppression du court N°1) au cœur du stade, la nouvelle place des Mousquetaires aérera le site et favorisera la fluidité des déplacements pendant le tournoi, notamment lors du basculement des sessions de journée en sessions de soirée. Installé sur le côté est du court Central, un écran géant permettra de suivre en direct les matchs tout au long de la quinzaine. Pendant le reste de l’année, hors tournoi, la place sera ouverte au public sur le modèle d’un square parisien, offrant ainsi au quartier un nouvel espace de respiration de près d’un hectare.

Roland-Garros Mousquetaires

Le nouveau Philippe Chatrier

La capacité du court est maintenue à 15 000 places et le réaménagement des tribunes offre un meilleur confort et une meilleure visibilité aux spectateurs. De nouveaux espaces sont créés sous les tribunes, notamment pour les joueurs et les médias. Le toit rétractable du court Philippe-Chatrier reprend la symbolique du biplan de l’aviateur Roland Garros : sa forme et sa structure ont été retravaillées comme une aile d’avion. Il est réalisé en acier et en toile translucide et étanche ; et peut se déployer en une quinzaine de minutes. Il permet ainsi au court Philippe-Chatrier de conserver son statut de stade de plein air, baigné de lumière et de soleil, tout en permettant la poursuite du jeu lors d’intempéries ainsi que la tenue de sessions de soirée.

Roland-Garros Central

Le village de l’organisation

Ce bâtiment sera construit à côté du court central, en lieu et place du CNE (Centre National d’Entrainement) qui s’installera en dehors de l’enceinte. Il offrira de nouveaux espaces de relations publiques et d’accueil (jardins suspendus, terrasse panoramique, Village de Roland-Garros), ainsi que des locaux et équipements dédiés à l’organisation sportive et logistique de l’événement.

Roland-Garros organisation

Le Fonds des Princes

Sur la partie ouest du stade, le réaménagement du Fonds des Princes permettra la création d’une nouvelle zone de compétition agrandie comprenant sept courts, dont un d’une capacité de 2 200 places, avec des gradins permanents. Cet espace bénéficiera d’une meilleure accessibilité grâce à une large allée paysagère et une nouvelle entrée sur l’avenue de la porte d’Auteuil.

Roland-Garros Princes

A VOUS DE JUGER

Le meilleur moyen de vous faire votre propre opinion est sans doute de vous rendre sur place pour découvrir le projet d’extension au Pavillon d’information. Situé dans le musée de Roland-Garros, ce lieu présente les aménagements à venir. Eléments phares de l’exposition : la maquette et le film 3D du futur Roland-Garros. Le site est ouvert toute l’année, les mercredis, vendredis, samedis et dimanches de 10h à 18h.

  • Musée de la FFT, Stade Roland-Garros – 2, avenue Gordon-Bennett – 75016 Paris (entrée Porte des Mousquetaires).
  • Toutes les informations ici : http://www.nouveaurolandgarros.com

© FFT / Architectes : Atelier d’architecture Chaix & Morel et associés, ACD Girardet et associés, Daniel Vaniche et Associés, Marc Mimram. Paysagistes : Equipe Corajoud. Perspectivistes : 3dfabrique et Cyrille Thomas.




Il y a 2 commentaires

Ajoutez le vôtre
  1. S

    Détruire des serres historiques, déplacer des espèces rares et menacées qui ne s’acclimateront pas ailleurs, vous appelez ça un projet exemplaire? Validé par tous selon vous, pourtant le conseil de Paris a voté contre…

    • stephane

      Je vais être direct, mais n’y voyez là aucune agressivité : tout ce que vous dites est faux.
      Les serres historiques ne seront pas détruites. Seulement des serres techniques ne présentant aucun intérêt architectural. Aucune espèce rare n’est en danger. Au contraire, de nouvelles serres seront construites autour du court, présentant des espèces aujourd’hui invisibles pour le public. Les magnifiques serres de Formigé seront mises en valeur par ce nouvel aménagement, et leur notoriété en sera renforcée grâce au tournoi.
      Le projet a suivi un (long) chemin de 5 années. Il a en effet été validé par les enquêtes publiques et différentes commissions, y compris les botanistes! Quant au Conseil de Paris, j’en parle également dans mon article. Revirement de dernière minute de la droite associée aux écologistes, politique politicienne, personne n’est dupe…


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