La femme au chariot, Duane Hanson, 1969

LA CONSOMMATION NE FAIT PAS LE BONHEUR

Pas une semaine sans un nouveau livre sur le développement personnel. Et on ne compte plus les témoignages de personnes ayant changé ou souhaitant changer de vie. Sommes-nous à ce point malheureux ? À l’échelle mondiale, des indicateurs tentent de mesurer le Bonheur… L’économie du bonheur est la nouvelle tendance. Alors, le bonheur est-il le nouveau Graal ?

Bien sûr, la quête du bonheur ne date pas d’hier. Même les lycéens les moins attentifs en cours de philosophie ont compris qu’elle était un des fondamentaux de l’humanité ! Sans doute le thème favori des philosophes de l’Antiquité. Les politiques et les économistes ont commencé à étudier la question à la fin des années 60. Les contestations et les émeutes de 1968 ont été un déclencheur : il fallait comprendre pourquoi une nouvelle génération se révoltait alors que la croissance économique et le plein-emploi assurait un bien-être matériel à la quasi-totalité de la population.

Série Totem - Alain Delorme

Série Totem – Alain Delorme

Le PIB mesure tout sauf ce qui fait que la vie vaut d’être vécue. (Robert Kennedy, 1968)

Le bonheur étant une « donnée » subjective et complexe, il n’est sans doute pas possible de l’enfermer dans des statistiques. Mais à l’échelle d’une nation, pour comprendre et agir, il faut mesurer. Dans le dossier du magazine Challenges (29 janvier 2015) consacré aux « recettes du bonheur », Gaëlle Macke souligne les progrès réalisés depuis 40 ans. En 1972, le Bhoutan lançait un indicteur alternatif au PIB (abandonné en 2012) : le Bonheur National Brut, qui, en plus développement économique, mesurait la sauvegarde de la culture nationale et de l’environnement, ainsi que la qualité de la gouvernance. En 1990, le Nobel indien Amartya Sen créait un indice de développement humain fondé sur 4 critères statistiques : le PIB par tête, l’espérance de vie, le niveau de formation et les inégalités. Un indicateur intéressant mais pas assez complet pour « mesurer » le bonheur.

Mickael Jou

Mickael Jou

Le Bonheur National Brut, une idée à relancer ?

C’est ce à quoi s’est attaqué le Nobel américain Daniel Kahneman, avec une méthose basée sur de grandes enquêtes. Une question-clé (« quel est votre niveau de bonheur dans la vie » ?) complétée par une des questions objectives (situation familiale, emploi, revenus, logement, santé…) et subjectives (confiance dans les gens, les élites, l’avenir, perceptions de sa sécurité, de sa liberté de choix…). Depuis 10 ans, les enquêtes se sont multipliées. Parmi les plus renommées et portant sur plus de 100 pays, celles des universités de Leicester, de Rotterdam et du Michigan, ainsi que celle menée par l’institut de sondage Gallup sur qui s’appuient le « World Happiness Report » de l’ONU et le Global Well-Being Index élaboré avec la société de consulting Healthways.

LE TOP 10 DE L’ONU

Niveau moyen de bonheur déclaré par les habitants, de 1 à 10.

1. Danemark

7,7

2. Norvège

7,6

3. Suisse

7,6

4. Pays-Bas

7,5

5. Suède

7,5

6. Canada

7,4

7. Finlande

7,4

8. Autriche

7,3

9. Islande

7,3

10. Australie

7,2

25. France

6,7

 

LE TOP 10 DE L’INDICE MONDIAL DU BIEN-ÊTRE (Gallup-Healthways)

% d’habitants déclarant un fort bien-être dans au moins 3 des 5 thèmes étudiés : sens de la vie, conditions matérielles, santé, relations sociales et appartenance à la société.

1. Panama

61

2. Costa-Rica

44

3. Danemark

40

4. Autriche

39

5. Brésil

39

6. Uruguay

37

7. Salvador

37

8. Suède

36

9. Canada

34

10. Guatemala

34

48. France

19

 

Qui sont les champions du bonheur ? Les pays « du nord », mais aussi les pays latino-américains. Des pays riches et des moins riches. Des populations bénéficiant d’un vrai confort matériel et d’autres ayant globalement des conditions de vie difficiles. Et au sein même des pays riches, les différences sont notables. Les Etats-Unis d’Amérique et le Canada, deux pays proches géographiquement et économiquement, présentent de grandes disparités. Avec un revenu moyen inférieur de 40% à celui des américains, les canadiens sont pourtant plus heureux. Les points forts du Canada : un meilleur système éducatif, une protection sociale (chômage et maladie) plus présente, une solidarité nationale et individuelle plus développée… Et peut-être un moindre attachement aux valeurs matérielles ?

« Le bonheur, c’est l’association du bien-être et du sens. »
Jacques Lecomte

Finalement, ce qui unit dans le bonheur des populations économiquement disparates pourrait se résumer en 3 points :

  • Une aisance matérielle ou une progression économique,
  • Un dosage public/privé équilibré (accès à la santé et à l’éducation),
  • Un sens de la solidarité individuelle développé.

lyon-utopie-du-bonheur

Si la recette du bonheur existe, les études font apparaitre clairement que la richesse n’en est pas l’ingrédient principal. Dans son livre « Heureux comme Crésus ? », Mickaël Mangot nous apprend qu’en général, les individus exagèrent l’impact de l’argent sur le bonheur. « Lara Aknin, Michael Norton et Elisabeth Dunn, chercheurs à l’université de Colombie-Britannique (Vancouver) et à Harvard, ont envoyé des questionnaires à plusieurs centaines d’américains. Il en est ressorti une tendance très nette : les gens surestiment la force de cette relation. D’un côté, ils sous-estiment en moyenne le bonheur des ménages à tous les niveaux de revenus, hormis les très riches. Le bien-être émotionnel individuel, soit la probabilité de ressentir des émotions positives ou celle de ne pas ressentir des émotions négatives, augmente avec le revenu du ménage jusqu’à un plafond de 75.000 dollars par an. Ensuite, l’augmentation du revenu n’a plus d’impact significatif. » L’adage « l’argent ne fait pas le bonheur » est donc plus que jamais d’actualité… Même si, comme le rappelle Woody Allen :

L’argent, c’est mieux que la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières.

 

3 LIVRES POUR APPROFONDIR LE SUJET

Heureux comme Crésus ? par Mickaël Mangot

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L’économie du bonheur par Claudia Senik

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Heureux comme un Danois par Malene Rydahl

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